C’est au cours d’une de ces soirées insouciantes et légères de ce début d’été ensoleillé que nous avons appris, ce vendredi, le décès accidentel de Dominique Moinard, 

Quelle insondable tristesse… Quelle injustice aussi…

Plutôt adepte des courses sur route, Dominique, licencié legéen, portait haut nos couleurs depuis de nombreuses années. Format de poche, il était un runner confirmé titillant les trois heures sur marathon l’année de ses cinquante ans. 

Mais il était, bien sûr, toute autre chose. 

Cette fin d’année scolaire devait célébrer la fin de sa carrière de professeur et de directeur d’école maternelle. S’il enseignait depuis quatre années à l’école maternelle Chateaubriand de Saint-Marc-Sur-Mer, Dominique avait fait l’essentiel de sa carrière à l’école maternelle publique du Chambord à Legé dont il fut le directeur emblématique, apprécié de tous. Il y fut surtout un enseignant investi, empathique et bienveillant. C’était, enfin, un pédagogue reconnu qui publia de nombreux articles  aux Cahiers Pédagogiques, revue dont il fut membre du conseil d’administration.

Dominique s’était également beaucoup investi dans le milieu associatif en œuvrant au sein de l’Amicale Laïque. En 2008, il avait, vainement, mené campagne lors des élections municipales.

Dominique fut aussi un homme de lettres, passionné de littérature. Il fut, à ce titre, juré du Prix du Livre Inter, prix littéraire bien connu des auditeurs de France Inter qui sélectionne sur courrier,  chaque année, 24 jurés parmi 3500 candidats. Voici ce qu’il disait lors d’un échange accordé à la radio nationale à propos de ses deux passions : « Courir et lire sont deux activités qui se nourrissent des mêmes contradictions. A priori ce sont des activités individuelles alors qu’en réalité pas du tout. Dans une course « je me bats contre le seul adversaire digne de moi : moi. Car tous les autres m’aident à me surpasser. C’est la même chose pour la lecture, elle n’a pas d’intérêt si elle n’est pas partagée. 

Enfin, Dominique était ce qu’il est coutume d’appeler un personnage. Il avait notamment décidé il y des années d’abandonner la voiture, « La satisfaction que je gagne à m’en passer est supérieure à celle d’en posséder une. Je prends le chemin des écoliers, à pied d’égalité avec les élèves, par tous les temps, c’est plein de vertus ». Il n’était pas rare de le croiser dans le bourg de Legé, baguettes de pain en mains, usant de sa foulée courte, vive et légère.

Outre les quelques courses que nous avons partagées (lui devant, moi derrière), dont peut-être sa dernière au semi-marathon de Brière en mars dernier, je garde de nombreux souvenirs de Dominique. L’un d’entre-eux remonte au mois de juin 2006. Au cours de la fête de l’école publique du Chambord, nous officions joyeusement derrière la buvette. La fin de soirée venant, nous nous étions retrouvés en rupture de stock de vin rosé. La demande ne tarissait pas et les esprits étaient égayés ce soir là par la victoire de la France de Zidane sur l’Espagne lors du mondial allemand… Nous avions alors improvisé un breuvage vaguement rose en mélangeant vin rouge et vin blanc… Nous avions bien ri tous les deux car nos clients d’un soir l’avait fort apprécié sans s’apercevoir de notre subterfuge.

Dominique avait 58 ans et préparait son pot de départ à la retraite qui devait intervenir dans une semaine. Il laisse une épouse et trois enfants. 

En sa mémoire, je vous propose, au moment de votre prochain départ d’avoir une petite pensée pour cet homme cultivé, humble et discret.

Olivier MORICE