Athlète du mois d’octobre : Nos « 4 fous de la Réunion »

Ils sont quatre pour ce mois d’octobre à être élus athlètes du mois. Ca n’a pas été facile car nous avons avons une pensée également pour nos 6 athlètes qui ont participé aux Templiers, par exemple Paul Eric BONNEAU, c’était sa 17ème participation, bravo à tous.

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Nicole VOLARD-GILET, Laurent FERTILLET, Antony GARREAU, Dominique GILET

Nos « 4 fous » qui ont réussi le pari incroyable d’être finisher à la diagonale des Fous à la Réunion. Course mythique de 167 kms avec 9700 dénivelé positif.

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Leurs parcours individuels

Nicole : Cliquez ici

Laurent : Cliquez ici

Antony : Cliquez ici

Domique : Cliquez ici

Ils nous livrent chacun leurs impressions, leurs retours sur cette épreuve hors du commun, merci à eux de nous avoir fait partagé cette expérience

Antony, « aller au bout de soi permet de réaliser des choses extraordinaires. »
Retour sur cette diagonale, c’est un projet personnel et familial qui s’est réalisé. J’ai recherché mes limites sur un parcours exigeant et magnifique, est-ce que je les ai atteintes ? Je ne sais pas. J’ai eu mal, j’ai fait peur à mon épouse mais nous avons trouvé les forces pour aller de l’avant. Je n’arrête pas de dire à mes enfants « ça fait mal mais c’est pas grave » et c’est vrai, il faut continuer à avancer car aller au bout de soi permet de réaliser des choses extraordinaires.
La course.
Un depart magique, j’ai couru avec le sourire aux lèvres les 5 premiers km, ils sont extraordinaires comme public ! Après c’est une communion avec la nature et les autres coureurs. On partage ensemble sur les raisons de notre participation, sur la beauté des paysages, sur nos doutes ou nos moments d’euphorie. Tout ça pour rejoindre le stade de la Redoute, encore un moment fort. Le dernier km est à nouveau magique, les spectateurs te poussent et te félicitent. Passer la ligne d’arrivée est un jeu d’enfant, tu laisses sortir toutes les émotions que tu avais enfouis au fond de toi.
Cerise sur le gâteau, j’étais avec Dominique sur la ligne d’arrivée, tout comme Nicole et Laurent qui sont arrivés ensemble, nous avons un sport individuel mais nous savons aussi partager ces moments là.
Après.
Du repos et profiter des proches qui nous entourent. Prendre connaissance de tous les messages de soutien et d’encouragement des amis et des membres du club, ça fait plaisir et c’est juste énorme de voir l’engouement que cette course peut provoquer, encore merci à tous.
Et encore après ?
Je ne sais pas, mais je garde l’envie d’avancer et de profiter de la vie le plus possible.
Laurent, » mon rêve serait de faire la diagonale des fous »

Tout a commencé en 2011 quand je viens prendre des informations sur le club de l’AR Sud lac et sa section Trail. On me demande mes objectifs et je dis que mon rêve serait de faire la diagonale des fous. Une fois les points acquis (merci Thiery LEBRUN  de m’avoir accompagné en Normandie), le stress de  l’inscription (comme les résultats d’examen) passé, l’organisation du voyage faite (merci à ma petite femme chérie), place à la  course. Tout d’abord pour se mettre dans le bain, rien de tel que la remise des dossards la veille au matin, avec le petit stress de la convocation tellement bien rangé que je ne la retrouve pas. Heureusement l’organisation me laisse récupérer mon dossard car je connaissais mon numéro. On se retrouve tous les 4 (Antony Nicole, Dominique et Moi)à la sortie, pour une photo d’avant course et là, la grosse surprise que nous a fait Antony c’est de nous offrir une T-shirt au couleur du club avec Diagonale des fous 2016 inscrit dessus, voilà la pression qu’il nous met, il faut maintenant la finir cette course car on ne mériterait pas ce t-shirt si on ne la termine pas. Le lendemain, jour du départ, on se retrouve dans le parc à bestiaux avant d’aller à l’abattoir, après avoir là encore eu un petit moment de stress pour le contrôle du sac car il me manquait une bande d’élasto. Heureusement je n’étais pas tout seul dans ce cas, je remercie donc le réunionnais qui m’a offert cette bande pour que je puisse participer et finir la course car cette bande m’a servi à straper ma cheville suite à une entorse. Le départ est proche, on nous lâche  du parc a bestiaux pour rejoindre la ligne, c’est la ruée, certain tombe déjà, c’est incroyable que ça pousse autant pour rejoindre une ligne de départ. Le départ est donné, je laisse mes coéquipiers de club partir devant car je souhaite voir ma petite famille qui m’encourage sur les bord de la route, c’est très difficile de les repérer parmi la foule des grand jours (on se croirait à un départ de tour de France), enfin je les vois avec des tubes de lumière pour que je puisse les repérer plus facilement. La course peut enfin commencer pour moi. La première nuit est un enchainement de montées (le long de champs de canne, puis de forêt et de champs à vache sur le bord du volcan) dans la poussière car il n’a pas plu depuis plusieurs jours. Le moment de 4h à 5h est difficile pour moi, je marche au radar en suivant ceux qui me dépassent, j’ai déjà envie de dormir. Enfin le jour se lève, c’est le début de paysages magnifiques avec le piton des neiges d’un côté et le volcan de l’autre. La descente du piton Textor, commence enfin en direction de la marre à boue (en espérant qu’elle ne porte pas bien son nom). J’arrive au ravito 8h, l’heure du petit déj au Coca  et à la rougaille saucisse et quel n’est pas ma surprise de retrouver Nicole qui discute avec Pascal, un expérimenté qui lui remonte le moral en lui disant que ça peut se faire en marchant. Je lui dis donc qu’on va la finir ensemble, car au niveau des délais on est bien (4h d’avance). Je suis très content de pouvoir continuer cette course avec Nicole car je dois avouer qu’une autre nuit tout seul me faisait un peu peur. Nicole me mène la vie dure dans les montées car si elle ne peut pas courir, elle avance très bien en marchant. On prend aussi le temps de se reposer et de s’alimenter sur les ravito ou l’on reçoit beaucoup d’encouragements de nos familles respectives. On va commencer la deuxième nuit après la montée du TAIBIT. Et l’entrée dans le mythique cirque de Mafat où l’on ne voit rien car il fait nuit et où l’on a failli se perdre le temps d’un pipi. Bref, on se retrouve au ravito suivant ou l’on commence notre cheminement dans le cirque sans rien voir et en prenant la pluie pour la première fois depuis qu’on est arrivé à la réunion. Le sommeil nous prend, on s’arrête sur le côté du chemin, on dort 15 min sur des cailloux et sous la pluie (on est vraiment pas bien organisé). On repart toujours dans la nuit, on croise des rats, et l’on trouve le chemin des scouts interminables. On prend à nouveau le temps de dormir à un ravito  à l’extérieur sous un vent infernal, mais on a sorti les couvertures de survie cette fois ci. On repart toujours de nuit, pour la montée vers les roches plates, toujours envie de dormir, on s’arrête cette fois ci dans un endroit plus douillet (des hautes herbes nous servent de matelas et le chant des coqs nous bercent), c’est le meilleur moment de sommeil (20 min) que j’ai passé depuis qu’on est parti. Le jour se lève enfin dans le cirque de Mafat, c’est un moment indescriptible tellement j’en prend plein les yeux, enfin je vois à quoi ressemble ce patrimoine protégé. On va mettre 2h à sortir de Mafat par la montée du Maïdo, Nicole nous a emmené un train d’enfer. Arrivé là-haut c’est une foule en délire qui nous accueil tel en haut d’un col du tour de France. Le morale est bon, on sait que Dominique et Antony sont maintenant ensemble grâce à nos familles (la mienne m’a fait la surprise d’être là car je ne les attendais pas avant l’école sans souci) encore présente pour nous encourager et nous tenir informé des situations de course. La descente va être un long calvaire pour moi car toute l’énergie que j’avais pour la montée s’est effacée et j’ai maintenant des douleurs aux genoux qui m’empêchent de trottiner pendant cette descente interminable (3h pour 13 kms). L’arrivée à sans souci est un soulagement car je vais pouvoir me doucher, me reposer, me faire masser et m’alimenter (2h d’arrêt) de toute manière, il fait trop chaud pour repartir. On repart donc vers 17h, le soleil commence à décliner et l’on sait que les délais sont suffisants pour finir en marchant. On avait juste oublié de nous préciser que les derniers 40 kms sont dans des rochers à escalader et dés-escalader, sur des pavés instables en pleine nuit, ce qui demande une concentration très importante pour ne pas tomber. On s’arrêtera donc plusieurs fois entre 10 et 20 min pour dormir sur le bord du chemin à un ravito sur un carton ect…Le jour se lève enfin pour notre dernière épreuve qui consiste à descendre du Colorado vers le stade de la redoute. Une dernière bouffée d’énergie me revient et j’arrive à recourir sur cette dernière descente qui nous mène vers la délivrance et vers mes filles que ma femme à fait dormir dans la voiture pour qu’elles ne ratent pas l’arrivée de PAPA !!!!!Je fini donc sur la ligne d’arrivée avec une fille dans une main et l’autre dans les bras (elle a seulement fait ses premier pas à la réunion pour ses 11mois). Tous nos suiveurs sont là,  Dominique et ses enfants, Antony et Sandrine et mes parents et beaux-parents et surtout Hélène sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

 

Dominique, » Ma grande satisfaction, c’est d’avoir bien gérer les difficultés du parcours et mes sensations »

Après 3h00 d’attente, nous sommes dirigés vers la ligne de départ pour ce qui sera ma dernière très longue dernière aventure et challenge : 167 km avec 9700 mètres de dénivellé +. Beaucoup d’incertitudes mais une certaine quiétude m’envahit, j’ai une stratégie pour les ravitaillements, pour l’allure et j’adore courir la nuit.

Dés le départ donné, la bousculade est évitée et l’ambiance est survoltée. Tous les Réunionnais sont là pour nous saluer. Après les 5-6 km de front de mer, nous (Nicole et moi) commençons les premières côtes entre 2 haies de spectateurs donc interdit de marcher, nous continuons à courir sans forcer (il faut s’économiser). Bientôt fini le bitume, nous empruntons les chemins bordant la canne à sucre tout en doublant les joëlettes….les premières heures passent très vite…Nous arrivons dans les passages plus étroits, plus techniques et voilà les ralentissements : nous effectuons des 30’’-30’’ (30’’ de course-30’’ d’arrêt). C’est bien nous nous économisons….4H00 du matin, nous sommes à Piton Sec (36 km) avec 10mn de retard sur l’horaire envisagé. C’est très bien mais Nicole semble déjà trop fatiguée. Nous marchons afin qu’elle récupère… Le parcours est courable sur certaines portions et plusieurs participants nous doublent….Nous arrivons en vue du Piton Textor (41 km) au levé du jour, Nicole se plaint de sa cheville et parle d’abandon. Je suis perplexe. J’ai trouvé cette première nuit facile mais Nicole a sommeil. Je lui propose de se reposer au ravitaillement mais il y a du vent et il fait un peu froid. Elle insiste pour que je continue seul et faire ma course tout en envisageant pour elle d’abandonner à Cilaos (1ère base de vie au 68 ème km).

Je me décide de continuer seul. La descente du Textor est relativement facile : beaucoup de concurrents courent, je suis d’une allure facile avec un super levé de soleil sur le Piton des Neiges ( quelques photos) et je continue. Voici la plaine et la route. Je cours facile mais je suis surpris du nombre de participants qui marchent. Nouveau ravitaillement sur une partie que l’on avait reconnu donc je sais ce qui m’attend sur 5-6 km. Mare à boue est sec, nous avons de la chance, la météo est favorable. J’arrive à la descente sur Cilaos : technique et très longue. Les pierres sont humides car il y a quelques gouttes….Etant donné les commentaires sur cette descente, je saute gentiment de pierre en pierre mais la lassitude arrive rapidement. J’entends le speaker mais es-ce Mare à Joseph ou Cilaos. C’est Laurent Jalabert qui arrive au ravito. Cela me motive, j’aimerais bien le rejoindre…Un coureur s’est blessé au visage, je décide de ralentir et de prendre aucun risque dans cette descente vertigineuse et trop longue. Enfin j’arrive au ravito mais ce n’est pas Cilaos. Je repart en trottinant et en discutant avec un connaisseur du parcours. Encore une ravine à traverser avant Cilaos mais il y en aura bien d’autres….Enfin Cilaos et je trouve Agathe, Axel, Sandrine, Claudie et ses enfants. Je leur annonce que Nicole va sans doute abandonner mais elle a du perdre 1 ou 2 heures de retard sur moi.

Je me rends à la base de vie et décide de faire un point complet sur mon état : podologue pour les pieds, kiné pour les massages…puis je récupère des vêtements propres, puis la douche, puis le repas, résultat, je repars après 2 heures d’arrêt. Il fait chaud et je vais souffrir dans la prochaine montée de 800 m + vers le Taïbit. Je décide de prendre mon temps c’est-à-dire 10 à 15 mn de montée suivi d’1 à 2 mn de repos (arrêt). Enfin nous rentrons en forêt, je suis mieux et je termine cette montée correctement (4h00 au total ) et je peux courir dans la descente vers Marla et le super cirque de MARFAT . En arrivant à Marla, je décide de dormir…un peu car il ya une tente et des couvertures : 10 mn de sommeil et je repars avec de bonnes sensations : objectif traverser Mafat dans la nuit et dormir au sommet du Maïdo sous la tente d’Agathe et d’Axel….

Les descentes et les montées se succèdent sans répit avec des marches et des marches. Parfois je suis seul, parfois, nous sommes 2 ou 3. Dans la nuit et ma frontale, tous les rochers représentent une forme : je vois des cochons, des animaux, des objets mais ce ne sont que des cailloux….Non, ce ne sont pas des hallucinations, je reste concentrer sur le chemin. Puis le bruit des cascades et torrents envahit la nuit. Je crois que je cours en rond tant je traverse une ravine dans un sens puis dans un autre….Enfin on attaque la montée du Maïdo avec une première partie pentue et des marches et encore des marches…..Nous voyons les frontales en haut, il y a un bout de chemin à faire mais je suis très motivé. Juste avant le levé du jour (2ème nuit), je suis au sommet mais le ravito est plus loin : 1 ou 2 km. Dès mon arrivée, je décide de dormir…un peu 30 mn maxi. Agathe regarde mes pieds (j’ai mal aux talons à chaque pas) et un kiné me masse ….. Après un arrêt d’environ 45 mn, je repars bien décidé à faire un bonne descente. Enfin un parcours à ma convenance, je m’amuse dans cette descente, personne ne me doublera mais j’ai bien doublé 30 à 40 coureurs : 1H50 pour 13 à 15 km de descente. J’arrive à la 2ème base de vie de Sans Souci. Ma surprise est de trouver Anthony qui est prêt à partir. On décide de repartir ensemble et d’aller au bout de cette aventure ensemble….

Mais nous sommes encore loin car il faut descendre pour remonter puis traverser des chemins de cailloux, de rochers. J’avais envisagé 3 ou 4 heures pour rejoindre St DENIS, il nous faudra 10 heures…avec un chemin des Anglais sur lequel nous décidons de forcer l’allure malgré le soleil, la chaleur et les pavés ….Nous voici monté au Colorado en ayant bien remonté des concurrents mais il reste une descente trop technique pour nos jambes fatigués. Nous décidons d’assurer tranquillement et de laisser les concurrents chargés d’adrénaline en sentant l’arrivée proche nous doubler.

Enfin le stade et l’arrivée avec une ambiance bonne enfant. Il est 17H45. Nous n’aurons pas à utiliser les frontales….Mission accomplie, je suis heureux d’en finir avec une gestion conforme à ce que j’envisageais au niveau nourriture et sommeil : 43H49. Ma grande satisfaction, c’est d’avoir bien gérer les difficultés du parcours et mes sensations. Et ce que j’ai adoré, c’est la nuit en courant la montagne ….

Maintenant, je m’inquiète pour Nicole et j’envisage de la suivre dans son périple pour cette 3 ème nuit de compétition…..

 

Nicole, » Que d’émotion et quelle grande joie ! »

Après avoir dit à Dominique de me laisser au Piton Textor, je descends en marchant, le moral en berne et la cheville douloureuse.

Sur le sentier, alors que tout le monde court, je rencontre Pascal qui marche aussi et me réconforte. Il a fait la Diagonale plusieurs fois en marchant et dans le temps imparti…Alors, j’y crois, pourquoi pas moi ! Au ravitaillement de Mare à Boue, Laurent arrive. Quelle joie de le voir ! Je décide de continuer avec lui.

68ème km à Cilaos, je me suis refait une santé. Je vais voir le kiné qui manipule ma cheville. Je mets ma chevillère et c’est reparti après 2h00 de pause…et de réconfort auprès de nos familles.

Après la montée du Taïbit, j’arrive à Marlat, seule, j’ai perdu Laurent. Il arrive un quart d’heure après moi, ouf !

L a 2ème nuit se ponctue par plusieurs pauses sur le bord du chemin afin de somnoler 10 à 15 mn. Au lever du jour, les coqs chantaient, nous sommes à Roche Plate. Pas facile, sentier étroit et glissant, monte, descend et remonte…Nous sommes dans le cirque de Mafat et le Maïdo nous attend et à son sommet, nos familles. Ils sont tous là, çà nous rebooste mais il faut repartir après une petite heure passée avec eux. Puis gros coup de moi dans cette descente interminable qui nous mène à Sans Souci (2ème base de vie). Douche, kiné, repas et une sieste dans un lit de camp. Que du bonheur !

Il faut repartir pour une 3ème nuit, les réunionais nous crient «  courage ». Nous sommes confiants , Laurent gére les barrières horaires. Dominique, Agathe, Axel et la famille de Laurent nous attendent à chaque ravitaillement. Leur soutien nous fait avancer. Nous gérons nos ravitos et notre sommeil ce qui nous permet de courir dans la dernière descente. Au stade de la Redoute, notre fan club nous attend. Que d’émotion et quelle grande joie !

Merci à tous et surtout à Laurent

Le bonheur est sur le chemin ! Le chemin est le bonheur !

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Le RVD est pris l’année prochaine pour découvrir peut être d’autres « fous » de l’AR SUD LAC…

 

De | 2016-11-06T19:29:48+00:00 dimanche novembre 6 2016|0 commentaire

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